L’hécatombe des derniers chiffres du chômage en Grèce : une jeunesse sacrifiée

Chomage Novembre 2012

Les chiffres du chômage en Grèce pour le mois de novembre 2012 viennent de sortir : tous les chiffres s’envolent. Les jeunes de 15 à 34 ans sont les plus touchés. La nouveauté, c’est l’explosion du taux de chômage des seniors(65 à 74 ans), qui sont désormais 10% en recherche d’emploi.

Le nombre de chômeurs a augmenté de 323 808 en comparaison avec le mois de novembre 2011 et de 20 255 personne en comparaison au mois d’octobre 2012 (+1.5%).

La jeunesse grecque est en péril : 61.7% (50.1% en 2011) des moins de 25 ans et 36.2% (28.9% en 2011) des 25-34 ans sont sans emploi. Les jeunes diplômés ou en passe de l’être ont sans doute perdu tout espoir de trouver un travail en Grèce. Marylène témoigne :

-“Je termine mes études cette année et je suis en panique. Je sais que je ne vais pas trouver de travail. Ou cela sera très compliqué et je serai payé une misère. Je culpabilise de devoir rester à la charge de mes parents qui ont financé mes études. Il est impossible pour moi de fonder une famille dans ces conditions. J’ai 27 ans et je ne peux pas être autonome.

Kostas, fraîchement diplômé en ingénierie des réseaux à récemment passé un entretien dans une entreprise de services informatiques :

-“Lors de l’entretien, on m’a expliqué que la charge de travail était très importante. On m’a demandé si j’étais célibataire et si j’habitais loin de l’entreprise, car la vie de couple n’était pas compatible avec l’emploi proposé. La personne qui me faisait passer l’entretien m’a clairement dit qu’il faudrait rester jusqu’à 22h la plupart des soirs et commencer vers 9h le matin. On m’a demandé combien je demandais, et j’ai indiqué un salaire mensuel dans la moyenne actuelle pour un jeune ingénieur, soit entre 900€ et 1000€. L’examinateur m’a dit très directement que c’était hors de question. Le salaire proposé était de 450€ par mois, soit le salaire minimum pour les jeunes de moins de 25 ans. Un salaire qui ne me permet pas de vivre. Et un rythme de travail qui détruirait toute vie sociale. C’est de l’esclavage, j’ai refusé. Je recherche toujours, aussi à l’étranger.

Le chômage des 24-34 ans, avec un taux de 36.2%, est toujours en très forte augmentation : il était de 28.9% en 2011. Celui des 35-44 ans, comme les autres, a encore augmenté avec 23,3% contre 16,9% en 2011.

Yorgos et Elefteria, 35 ans et mariés depuis peu, ont “oublié depuis la crise l’idée de fonder une famille.” Yorgos se dit faire partie de cette génération perdue :

-“Je ne suis plus payé depuis 1 an. Ma femme, fonctionnaire, a vu son salaire réduit de 40%. Impossible dans ces conditions d’imaginer un avenir ou d’avoir un enfant. Nous ne savons pas comment nous vivrons les prochains mois. Alors nous comptons tout, sortons très peu et limitons nos achats alimentaires au strict minimum. Nous allons à toutes les manifestations, même si nous savons que la classe politique nous ignore depuis des années. Si j’avais 20 ans, je tenterai ma chance à l’étranger, mais à presque 40, ma vie est ici. Nous faisons partie de cette génération perdue. Celle qui n’aura pas d’enfant.

Dimitri et Maria, eux, ont pris ce risque. Dimitri a trouvé un emploi dans l’entreprise d’un de ses amis, après avoir cumulé pas mal de petits boulots :

-” Je suis payé 900€ par mois. J’ai de la chance. Si tout se passe bien, j’aurai 1000€ par mois bientôt.  Un bon salaire dans la Grèce d’aujourd’hui. Nous avons décidé de faire un enfant, par amour et aussi pour nous recentrer sur la vie. Nous ne regardons plus les infos, la TV etc. Je suivais l’actualité de manière intensive au début des plans d’austérité. Je n’y voyais que peur et désespoir  j’étais au bord de la dépression. Le rythme était infernal. Alors en réaction, j’ai décidé d’ignorer tout cela, de toute manière, je n’attends plus rien de la classe politique. Toute notre vie est désormais  recentrée sur l’essentiel : notre bébé, notre famille et nos amis“.

Si les jeunes sont les plus touchés par l’explosion du chômage, toutes les classes d’âge sont devenues très vulnérables. Plus inquiétant, le chômage des seniors atteint les 10% alors qu’il n’était que de 4% l’année précédente. Il a plus que doublé en un an et plus que quintuplé en 2 ans. L’augmentation de l’âge de la retraite cumulée à la baisse des pensions pourrait laisser supposer que les seniors reviennent sur le marché du travail à une période ou la précarité poursuit son inexorable ascension :  plus d’un tiers des grecs sont désormais sous le seuil de pauvreté. Une situation qui inquiète sur le risque de crise humanitaire en Grèce.

Face à l’ampleur de la situation, certains ont proposé des idées “novatrices” pour enrailler le chômage, comme le quasi-retour à l’esclavage en forçant les chômeurs à travailler gratuitement pour des projets “d’utilité publique”. De quoi ravir le propriétaire d’une des plus grosses entreprises en Grèce, qui verrait d’un bon oeil les perspectives d’investissements entre l’Etat grec et le Qatar pour aider les “PME” grecques.

La croissance du pays continue son éternelle dégringolade : le PIB accuse une chute de 6% pour l’année 2012.

Et l’austérité poursuit sa marche funèbre.

sources : statistiques de l’emploi en Grèce


Souvenez-vous, lors des manifestations monstres contre l’austérité en février 2012. Ce retraité fond en larmes comme seule réponse lorsqu’un journaliste lui demande quels ont été les effets des mesures d’austérité pour sa vie (photo @teacherdude) :

Les larmes

SOURCE : OKEANEWS

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