SKOURIES – « Des promesses en or, un avenir noir »

La mine d’or de Skouriès fait l’objet de débats houleux entre les pouvoirs en place et la population locale. Le petit journal d’Athènes vous propose de faire un tour d’horizon des enjeux de l’extraction de cet or

Crédits photo @YpoptoMousi

La mine d’or de Skouriès située dans la région de Halkidiki est connue des Grecs depuis l’Antiquité et a été l’objet de désirs de compagnies minières à plusieurs reprises au cours de son histoire. Elle a reçu dernièrement l’autorisation d’exploitation du gouvernement grec. Jusqu’à présent, la mine était protégée et la forêt préservée, les habitants se battant  pour la richesse de cette nature sauvage valant plus que l’or de ses sous-sols. Avec la crise, il en est autrement aux yeux du gouvernement grec qui a donné son accord pour l’extraction de l’or par la compagnie canadienne El Dorado Gold, qui possède depuis peu 95% de la compagnie grecque Hellas Gold. Pourtant les habitants regorgent de propositions pour dynamiser la région de façon alternative en proposant de développer d’autres secteurs : la production de vin, l’agro-tourisme…

Une catastrophe écologique et humaine

Afin de pouvoir construire les installations, 180 hectares d’arbres ont été abattus. Mais au-delà de la déforestation, l’extraction de l’or est un procédé dangereux pour la santé et l’environnement, contre lequel militent de nombreux comités dans le monde. Pour  extraire de l’or, on doit d’abord casser la roche à la dynamite, avant de la broyer, ce qui libère dans l’atmosphère les particules de mercure, de plomb, de cadmium, d’arsenic etc contenues dans la roches. Des métaux lourds extrêmement nocifs et pour certains, comme l’arsenic, solubles dans l’eau. Ce n’est pas un détail à négliger puisqu’un fleuve s’écoule à côté, assurant l’approvisionnement en eau de tous les villages agricoles de la région. La pierre broyée est ensuite arrosée pendant des semaines d’une solution à base de cyanure. L’or contenu dans le minerai se dissout alors dans la solution cyanurée (la réaction chimique expliquée ici). Forêt détruite, pollution de l’eau de et de l’air, mais aussi des nappes phréatiques : au contact de l’air, la roche traitée au cyanure émet des acidités qui s’infiltrent dans les sous-sols. Les populations seront bien évidemment touchées, compte-tenu des métaux lourds, dangereux pour la santé, qui se trouveront dans l’air et l’eau.

Une portée économique contestée

Malgré ces risques importants, le 26 juillet dernier, le conseil d’Etat Grec a accepté l’extraction de la mine. Le projet est même soutenu par le maire de la ville d’Aristoteles. L’exploitation de la région permettra de dynamiser la région, arguent-ils. Eduardo Moura vice-PDG d’Hellas Gold renchérit « Nous sommes une des rares sociétés à recruter en ces temps difficiles. » Ce n’est pas de cette façon que le voient les principaux concernés : à savoir la population locale. Halkidiki est une région qui vit de tourisme et d’agriculture. C’est la troisième destination touristique la plus populaire en Grèce. « Les touristes ne viendront jamais dans un endroit où il y a des usines chimiques à coté ! » explique Christos Adamidis, hôtelier de la région, au New York Times. L’exploitation de la mine va créer des emplois, certes, mais des emplois précaires et difficiles qui dureront seulement la durée de l’exploitation. Après, ces personnes se retrouveront au chômage, dans une région désolée où il leur sera impossible de se reconvertir vers l’agriculture et le tourisme. Pour les habitants de la région, il n’y a pas de doute : il y aura plus d’emplois sacrifiés que d’emplois créés.

Des répressionss sévères

La population locale s’est soulevée à de nombreuses occasions contre cette entreprise. Des manifestations sont organisées très régulièrement, à Skouriès ou dans d’autres villes de Grèce. Hier notamment, une manifestation s’est tenue à Thrace. En février dernier, une manifestation a débouché sur l’arrestation d’une cinquantaine de personnes, détenues pendant plusieurs heures sans charges retenues contre elles. Ces personnes avaient subi des prélèvements d’ADN, ce qui est illégal tant qu’aucune charge n’est retenue contre elles. Les arrestations continuent à Skouriès : on a compté 11 détentions dimanche et 13 hier. A la mi-février, un groupe d’hommes avait saboté les équipements miniers en espérant par là dissuader la compagnie canadienne de poursuivre ses actions. Ces actions ont été qualifiées de « terroristes » par le gouvernement qui a déclaré qu’il « protégerait les intérêts étrangers en Grèce à tout prix ». En septembre dernier, une manifestation au cœur de la forêt avait tourné à l’émeute. « Les policiers n’hésitaient pas à lancer des bombes lacrymogènes au milieu des arbres, raconte Adonis. Pour empêcher les manifestants d’aller vers le site, ils ont coupé des arbres immenses, qui gisent désormais en travers du chemin. »

Lydia Belmekki (www.lepetitjournal.com/athenes) Mardi 05 Mars 2013

Pour aller plus loin :

Le reportage d’Unfollow, en grec : “Χαλκιδική: Το ελληνικό Ελντοράντο“, du 17 février 2013 Le blog anti-gold

La video sur la mine d’Or realisée par le magazine Epsilon.

source: www.lepetitjournal.com

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