Hymne à la Grèce !

Ύμνος στην Ελλάδα !

Για τον Daniel Salvatore Schiffer η χώρα με τη βίαια παύση της δημόσιας τηλεόρασης ζει μια σκοτεινή περίοδο της ιστορίας της.

Pour Daniel Salvatore Schiffer, le pays vit, avec la fermeture brutale de sa télévision publique, une période sombre de son histoire.
Cette image est apparue sur les chaînes de la télévision publique grecque, mardi soir.

Cette image est apparue sur les chaînes de la télévision publique grecque, mardi soir. © Capture d’écran

La Grèce, berceau culturel de notre civilisation occidentale en ce qu’elle a de plus noble, pays qui inventa l’admirable notion de “démocratie” et où, à lire La Théogonie d’Hésiode, naquit le mot même d’Europe, mythique déesse dont Zeus lui-même, le dieu des dieux, tomba éperdument amoureux, vit aujourd’hui, avec la brutale fermeture de sa télévision publique (ERT), une des périodes les plus sombres de son histoire moderne et contemporaine.

Le peuple grec, révolté par cette décision pour le moins arbitraire, aussi injuste qu’injustifiable, ne s’y est d’ailleurs pas trompé, lui qui se trouve désormais coupé, sans plus de connexion télévisuelle ni radiophonique, de sa diaspora (grave et incompréhensible dommage à l’heure même où l’on ne parle pourtant plus que de mondialisation !) : cet acte d’une rare violence politique, en tous points contraire aux principes mêmes de la démocratie, rappelle, de sinistre mémoire, la dictature, entre les années 1967 et 1974, des colonels. Et encore : même celle-ci, cette junte militaire qui ne se souciait pourtant que fort peu du bien-être de ses citoyens qu’elle commandait alors d’une impitoyable main de fer, n’osa pousser son autoritarisme jusque-là.

Au nom de la démocratie contre le totalitarisme

Et dire que le nom du parti politique d’Antonis Samaras, véritable responsable, en tant que Premier ministre de l’actuel gouvernement grec, de pareille décision, aussi funeste dans son fond qu’inacceptable dans sa forme, se nomme – le paradoxe est énorme – “Nouvelle Démocratie” ! Car, que veut dire étymologiquement, conforté en cela, dans la Grèce antique, par les écrits d’un historien tel que Thucydide aussi bien que d’un philosophe comme Aristote, le mot “démocratie”, précisément, sinon le pouvoir (“krátos“) par le peuple (“dêmos“) ? Un peuple qui, en l’occurrence, n’aura jamais été consulté à ce sujet… tant et si bien que seule une faction telle que Aube dorée, dont on sait malheureusement les accointances avec l’idéologie nazie, s’est ouvertement ralliée à cette pseudo, outrancière et très mal nommée “Nouvelle Démocratie”. Quelle honte !

Ainsi n’irai-je donc pas ici par quatre chemins : c’est notre solidarité la plus totale, en plus de notre reconnaissance la plus sincère, que mérite, aujourd’hui plus que jamais, le merveilleux et courageux peuple grec, dont les prestigieux ancêtres ont pour glorieux nom – suprême héritage spirituel, mais aussi scientifique – Homère, Hérodote, Hésiode, Pythagore, Euclide, Empédocle, Parménide, Héraclite, Thucydide, Socrate, Platon, Aristote, Épicure, Hippocrate, Sophocle, Euripide, Eschyle, Aristophane, Périclès, et tant d’autres.

Solidarité avec le peuple grec

Bref : que serions-nous, et que serait l’Europe même, sans ce miracle philosophique, unique dans les annales de l’humanité, que fut alors, depuis le Péloponnèse jusqu’à la Crète, en passant bien sûr par Athènes, la Grèce, mère nourricière, sur le plan des idées, de l’invention scientifique comme de la création artistique, de l’Occident ? À cette grande et belle Grèce, nous devons, sinon tout, du moins la meilleure partie de nous-mêmes : notre propre civilisation ! La moindre des choses, c’est que nous lui exprimions donc également aujourd’hui, à l’heure où elle se lève contre le totalitarisme politique, notre gratitude la plus authentique, en plus de notre indéfectible soutien.

Ainsi, moi-même indigné que cet illustre et antique peuple hellène, celui-là même qui nous légua de si haute lutte les imprescriptibles principes de la démocratie moderne, puisse ainsi faire à présent l’objet de pareille et intolérable forme d’autoritarisme fascisant, ne puis-je que m’associer à cet autre cri de révolte, pourfendeur de tout esclavage, que lui lança naguère un certain lord Byron, cet audacieux et flamboyant dandy qui s’en alla alors combattre et mourir, au nom de la liberté, sur les terres ensanglantées de Missolonghi, alors sous l’implacable et cruel joug de l’Empire ottoman. À ces Grecs d’aujourd’hui, je livre donc ces splendides strophes LXXIII du chant II de son impérissable, épique mais poétique, Childe Harold :

Belle Grèce ! Triste relique d’une grandeur disparue !

Immortelle, bien que tu ne sois plus ; et, bien que tu sois tombée, grande.

Qui va se mettre à la tête de tes enfants dispersés ?

Qui te délivrera d’un esclavage auquel tu n’es que trop habituée ?

Ils étaient bien différents, tes fils, qui autrefois

Guerriers sans espoir, acceptant leur destin,

Attendaient dans le défilé sépulcral des Thermopyles désolées.

Oh ! Qui retrouvera cet esprit héroïque ?

Qui sautera les bancs de l’Eurotas et te réveillera dans ta tombe ?

Héroïsme et liberté

Oui, nul doute, effectivement, que Byron, pour qui la liberté – fût-elle de pensée, d’action ou de parole – représentait le bien suprême en même temps qu’un idéal absolu au sein de son échelle de valeurs, aurait pu faire sienne, en cette très emblématique et douloureuse circonstance aussi, cette fameuse sentence de Baudelaire définissant, dans Le peintre de la vie moderne, le dandysme : “Le dandysme est le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences !”

Conclusion ? Il est impératif, et de notre devoir moral également, d’aider la Grèce, aujourd’hui, plutôt que de l’enfoncer, à force d’absurdes et contre-productives politiques d’austérité, davantage encore. Ne bâillonnons pas l’intangible liberté d’expression, sans laquelle il n’est point de démocratie qui vaille ni de civilisation qui tienne ! Il est donc urgent, toutes affaires cessantes, de rouvrir la télévision publique grecque.

Vive ERT !

(*) Daniel Salvatore Schiffer, philosophe, auteur de Philosophie du dandysme – Une esthétique de l’âme et du corps (Presses universitaires de France), Oscar Wilde (Gallimard – Folio Biographies), Du beau au sublime dans l’art – Esquisse d’une métaesthétique (éditions L’Âge d’Homme/Académie royale des Beaux-Arts de Liège).

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